Une assistante maternelle accumule des congés payés comme n’importe quel salarié — mais les règles de calcul et de prise en charge ont leurs propres particularités. Entre le nombre de jours acquis, le mode de calcul de l’indemnité et la coordination avec les parents employeurs, c’est souvent là que les litiges naissent. Autant clarifier les choses.
Le statut de l’Assistante Maternelle relève de la Convention collective nationale des assistants maternels du particulier employeur. Elle fixe des règles précises que beaucoup ignorent — y compris des professionnelles expérimentées. Voici ce qu’il faut retenir.
Les droits aux congés payés : base légale et acquisition
Combien de jours par an ?
Comme tout salarié en France, une assistante maternelle acquiert 2,5 jours ouvrables de congés payés par mois de travail effectif, soit 30 jours ouvrables (5 semaines) pour une année complète. Ça ne change pas selon le nombre d’enfants gardés ou le nombre de parents employeurs.
La période de référence court du 1er juin au 31 mai de l’année suivante — un calendrier que beaucoup de professions utilisent encore, même si la loi autorise d’autres périodes de référence. Les congés acquis sur cette période peuvent être pris à partir du 1er juin suivant.
Ce qui compte comme travail effectif
Plusieurs situations ouvrent des droits à congés même sans présence physique chez l’assistante maternelle :
- Les congés payés de l’année précédente (oui, les congés génèrent des congés)
- Les congés maternité, paternité et d’adoption
- Les arrêts pour accident du travail ou maladie professionnelle, dans la limite d’un an
- Les congés de formation professionnelle
En revanche, un arrêt maladie classique n’entre pas dans le calcul du travail effectif — sauf accord conventionnel contraire.
Le cas particulier des multi-employeurs
Une assistante maternelle travaille souvent pour plusieurs familles en même temps. Chaque parent employeur calcule et verse ses propres congés payés proportionnellement au contrat qui le lie à la professionnelle. Pas de mutualisation, pas de centralisation : c’est à chaque employeur de gérer sa part.
Calcul de l’indemnité de congés payés
Deux méthodes, une règle simple
La loi prévoit deux méthodes de calcul, et on applique celle qui donne le montant le plus favorable à la salariée — c’est la règle du dixième contre le maintien de salaire.
- Méthode du dixième : l’indemnité égale 1/10e de la rémunération brute totale perçue pendant la période de référence (du 1er juin au 31 mai).
- Méthode du maintien de salaire : on calcule ce que la salariée aurait gagné si elle avait travaillé normalement pendant ses congés.
En pratique, la méthode du dixième est presque toujours plus avantageuse pour une assistante maternelle, parce que la rémunération annuelle intègre des éléments variables (heures complémentaires, indemnités d’entretien, etc.) qui gonflent la base de calcul.
Pour aller plus loin sur les formules précises, le Calcul des congés payés d’une assistante maternelle : mode d’emploi détaille chaque étape avec des exemples chiffrés.
Ce qui entre dans la base de calcul
Toutes les sommes brutes versées pendant la période de référence comptent, y compris :
- Le salaire de base
- Les indemnités d’entretien (pour le matériel, les couches, les repas fournis par l’assistante maternelle)
- Les éventuelles primes contractuelles
- Les heures complémentaires ou supplémentaires
Les remboursements de frais purs (kilométrage par exemple) n’entrent pas dans la base.
Exemple concret
Une assistante maternelle a perçu 18 000 € brut sur une période de référence complète. Par la méthode du dixième, son indemnité de congés annuelle s’établit à 1 800 € brut — à répartir entre ses différents employeurs au prorata de leurs contrats respectifs. Si un employeur représente 60 % de son activité, il verse 1 080 €.
Prise des congés : qui décide, quand et comment
La coordination avec les parents employeurs
L’assistante maternelle choisit ses dates de congés — mais elle doit les communiquer à ses employeurs au moins un mois à l’avance. De leur côté, les parents employeurs peuvent aussi fermer leur foyer (départ en vacances, par exemple) et poser des congés « imposés » à l’assistante maternelle. Ces congés imposés s’imputent sur les congés légaux de la salariée.
Là où ça se complique : si un parent impose deux semaines de congés en août, ça consomme les congés de l’assistante maternelle pour cet employeur. Elle ne peut pas refuser — mais elle n’est pas non plus privée de ses droits acquis. L’indemnité est due dans tous les cas.
Le délai de prévenance
Aucun texte n’impose un délai légal universel pour les congés imposés par l’employeur, mais la Convention collective recommande de respecter un préavis raisonnable. En dessous de 15 jours, c’est risqué juridiquement pour le parent. Au-delà d’un mois, c’est confortable pour tout le monde.
Congés non pris : que se passe-t-il ?
Les congés non pris à la fin de la période de référence sont en principe perdus — sauf accord entre les parties pour les reporter. Pas de paiement automatique en lieu et place, sauf en cas de rupture du contrat. À la fin d’un contrat (démission, licenciement, rupture conventionnelle), l’employeur verse une indemnité compensatrice de congés payés pour les jours acquis mais non pris.
Congés payés et absence pour garde d’enfant malade
Ne pas confondre les absences
Un enfant gardé tombe malade : l’assistante maternelle reste chez elle, l’accueil est suspendu. Ça n’a rien à voir avec les congés payés — c’est une absence pour cas de force majeure côté parents, qui peut donner lieu à une retenue sur salaire selon les termes du contrat, ou être couverte par une garantie spécifique si le contrat le prévoit.
Les congés payés, eux, se planifient à l’avance et répondent à un régime juridique propre. Mélanger les deux crée des erreurs de paie fréquentes.
Les congés pour événements familiaux
La Convention collective prévoit des congés exceptionnels rémunérés pour événements personnels :
- 4 jours pour un mariage ou PACS
- 3 jours pour un décès du conjoint ou d’un enfant
- 1 jour pour un mariage d’un enfant
- 1 jour pour un décès d’un parent (père, mère, beau-parent, frère, sœur)
Ces jours s’ajoutent aux congés légaux — ils ne s’imputent pas sur les 5 semaines annuelles.
Obligations pratiques des parents employeurs
La déclaration via Pajemploi
La quasi-totalité des parents employeurs passent par Pajemploi, le service de l’Urssaf dédié à la garde d’enfants à domicile et en milieu familial. Pajemploi calcule automatiquement les cotisations sociales sur les indemnités de congés payés déclarées — mais c’est à l’employeur de renseigner correctement le montant versé.
Erreur classique : oublier de déclarer l’indemnité de congés sur le bon mois, ce qui fausse les droits à la retraite de la salariée. Une indemnité de congés payés versée en juillet doit être déclarée sur juillet, même si elle correspond à des droits acquis sur l’année précédente.
Garder une trace écrite
Rien d’obligatoire légalement, mais c’est une bonne pratique : noter par écrit les dates de congés convenues, les montants versés, et les périodes de référence concernées. En cas de litige devant le conseil de prud’hommes, la preuve écrite évite bien des surprises.
Les contrats de garde incluent souvent une clause sur les congés — vérifier qu’elle est conforme à la Convention collective avant de signer, parce qu’une clause moins favorable que la loi est nulle de plein droit.

