Un enfant à garder, une Assistante Maternelle disponible, et pourtant la signature du contrat reste le moment le plus redouté. Beaucoup de parents ne savent pas qu’ils peuvent conclure un contrat à durée déterminée (CDD) avec leur nourrice agréée, à condition de respecter des règles précises. Un acte mal rédigé expose les deux parties à des litiges coûteux — et souvent évitables.
Le contrat d’accueil qui lie un parent employeur à une assistante maternelle n’est pas un simple bon de commande. C’est un engagement bilatéral encadré par la convention collective nationale des assistants maternels du particulier employeur et par le Code du travail. Voici ce qu’il faut savoir avant de poser le stylo.
CDD ou CDI : quel contrat pour une assistante maternelle ?
La règle de base : le CDI comme référence
Par défaut, l’accord entre un parent employeur et une assistante maternelle prend la forme d’un CDI. C’est la norme, et le législateur y tient. Le CDD reste une exception légale, utilisable uniquement dans des situations précises. Employer une nourrice en CDD sans motif valable revient à requalifier automatiquement ce pacte en CDI — avec toutes les conséquences financières que cela implique lors d’une rupture.
Quand le CDD est-il valide ?
Trois causes permettent de contracter en CDD avec une assistante maternelle :
- Remplacement d’une assistante maternelle absente (maladie, congé maternité, congé parental) : c’est le cas le plus courant.
- Accroissement temporaire d’activité : un parent dont la charge de travail explose ponctuellement peut justifier un accueil supplémentaire à durée limitée.
- Emploi à caractère saisonnier : moins fréquent dans ce secteur, mais juridiquement recevable.
Sans l’une de ces causes, la validité du CDD est contestable dès le premier jour. Un juge prud’homal n’hésitera pas à requalifier le contrat — et l’indemnité de requalification représente au minimum un mois de salaire brut.
Les mentions obligatoires du contrat CDD
Ce que l’acte doit contenir
Un CDD d’assistante maternelle sans mentions obligatoires est nul de plein droit. L’acte doit être écrit, remis à la salariée dans les deux jours ouvrables suivant l’embauche, et préciser au minimum :
- L’identité des deux personnes : parent employeur et assistante maternelle.
- Le motif précis du recours au CDD (cause du remplacement, nom de la personne remplacée si c’est un remplacement).
- La date de début et, si possible, la date de fin (terme précis ou terme imprécis avec durée minimale).
- L’objet du contrat : nombre d’enfants accueillis, lieu d’accueil, amplitude horaire.
- La rémunération — salaire horaire brut, indemnités d’entretien, repas.
- La durée de la période d’essai, si les deux parties l’ont décidé.
La Convention collective assistante maternelle : droits, salaire et contrat détaille les minima de rémunération applicables. En 2024, le salaire horaire ne peut pas être inférieur à 3,17 € nets par heure de présence responsable — hors indemnités d’entretien.
La capacité des parties à contracter
Les deux signataires doivent avoir la capacité juridique de contracter. Pour l’assistante maternelle, cela implique d’être titulaire d’un agrément délivré par le conseil départemental (via la PMI). Un acte signé avec une nourrice dont l’agrément est suspendu ou retiré est frappé de nullité. Du côté des parents, un mineur non émancipé ne peut pas être employeur — situation rare mais réelle dans certaines familles recomposées.
Durée, renouvellement et rupture anticipée
Durée maximale et renouvellement
Le CDD d’une assistante maternelle ne peut pas dépasser 18 mois au total, renouvellements inclus (sauf cas spécifiques comme l’attente d’un CDI où la limite descend à 9 mois). Deux renouvellements sont possibles, à condition que chaque avenant soit signé avant le terme du contrat en cours — pas après. Un oubli de quelques jours suffit à transformer le CDD en CDI.
Rompre le CDD avant son terme
C’est là que la plupart des litiges éclatent. La rupture anticipée d’un CDD est strictement encadrée. En dehors des cas autorisés, le parent qui rompt le contrat doit verser à la nourrice les salaires qu’elle aurait perçus jusqu’à la fin du contrat. Les seules sorties légales sont :
- L’accord mutuel des deux parties, formalisé par écrit.
- La faute grave ou lourde de l’assistante maternelle.
- La force majeure (sinistre, hospitalisation prolongée de l’employeur…).
- L’inaptitude constatée par le médecin du travail.
- La volonté de la salariée de démissionner pour signer un CDI ailleurs.
Aucune de ces causes ne doit être invoquée à la légère. Un licenciement pour faute grave mal documenté finit presque toujours en condamnation aux prud’hommes.
Indemnité de fin de contrat
Sauf en cas de faute grave, de rupture à l’initiative de la salariée, ou de refus d’un CDI proposé dans les mêmes conditions, l’assistante maternelle touche une indemnité de fin de CDD équivalente à 10 % de la rémunération totale brute perçue pendant le contrat. C’est l’indemnité de précarité, et elle est due même si le CDD s’est bien passé.
Formalités administratives : Pajemploi et déclarations
Déclarer le contrat sur Pajemploi
Tout parent employeur d’une assistante maternelle agréée doit passer par Pajemploi, le centre national Urssaf dédié. La déclaration mensuelle génère automatiquement les cotisations sociales et le bulletin de salaire. En CDD, les mêmes obligations s’appliquent qu’en CDI : pas de régime dérogatoire côté charges.
Le contrat lui-même (le document écrit) ne se dépose pas sur Pajemploi — c’est un accord privé entre employeur et salariée. Mais en cas de contrôle ou de litige, l’absence d’écrit est systématiquement retournée contre l’employeur.
Que se passe-t-il en cas d’agrément retiré en cours de CDD ?
Si le conseil départemental retire l’agrément de la nourrice pendant l’exécution du contrat, celui-ci est résilié de plein droit. Ce n’est pas une rupture à l’initiative de l’employeur — aucune indemnité de licenciement n’est due, mais l’indemnité de fin de CDD reste en principe applicable si la rupture n’est pas imputable à une faute de la salariée. Le mieux : vérifier l’agrément avant la signature, et non après.
Questions fréquentes
Un CDD d’assistante maternelle peut-il être conclu sans motif particulier ?
Non. Le recours au CDD est une exception légale. Sans motif valable (remplacement d’une salariée absente, accroissement temporaire d’activité ou emploi saisonnier), le contrat peut être requalifié en CDI par le conseil de prud’hommes, entraînant le versement d’une indemnité de requalification d’au moins un mois de salaire brut.
Quelle est la durée maximale d’un CDD pour une assistante maternelle ?
La durée totale, renouvellements inclus, ne peut pas dépasser 18 mois dans la plupart des cas. Deux renouvellements sont autorisés, à condition que chaque avenant soit signé avant l’échéance du contrat en cours. Au-delà, le contrat bascule automatiquement en CDI.
L’assistante maternelle en CDD a-t-elle droit à une indemnité de fin de contrat ?
Oui, sauf exception. À l’issue d’un CDD, l’assistante maternelle perçoit une indemnité de précarité égale à 10 % de la rémunération brute totale versée pendant la durée du contrat. Cette indemnité n’est pas due en cas de faute grave, de rupture à l’initiative de la salariée ou de refus d’un CDI équivalent proposé par l’employeur.
Peut-on rompre un CDD d’assistante maternelle avant son terme pour des raisons personnelles ?
Non, sauf motif légal. Un parent qui rompt un CDD sans cause valable (faute grave de la salariée, force majeure, accord mutuel écrit, inaptitude médicale) doit verser à la nourrice l’intégralité des salaires restant dus jusqu’à la fin du contrat. La simple perte d’emploi du parent ou un déménagement ne constituent pas en eux-mêmes une cause de rupture légale.
Faut-il obligatoirement un contrat écrit pour une assistante maternelle en CDD ?
Oui, c’est une obligation légale. Un CDD verbal est réputé conclu pour une durée indéterminée. Le document écrit doit être remis à la salariée dans les deux jours ouvrables suivant son embauche. En l’absence d’écrit, c’est toujours l’employeur qui supporte les conséquences juridiques du litige.

