Un enfant accueilli chez une Assistante Maternelle, c’est d’abord un contrat de travail signé avant le premier jour d’accueil. Pas après, pas « en même temps » — avant. C’est une obligation légale, et les parents employeurs qui zappent cette étape s’exposent à des redressements URSSAF et à des litiges prud’homaux qui auraient pu être évités avec un document d’une dizaine de pages.
Ce contrat n’est pas un simple formulaire à remplir en cinq minutes. Il fixe la durée d’accueil, les horaires, la rémunération, la période d’essai et une dizaine d’autres points qui conditionneront toute la relation de travail. Voici ce qu’il doit contenir, comment le rédiger correctement, et où éviter les erreurs classiques.
Pourquoi le contrat est obligatoire et quel statut il crée
Une relation employeur-salarié réelle
L’assistante maternelle agréée est une salariée. Les parents qui font appel à elle sont ses employeurs — au sens plein du terme. Cela implique des cotisations sociales, un bulletin de salaire mensuel, des congés payés, et bien sûr un contrat de travail écrit. Ce cadre est régi par la Convention collective assistante maternelle : droits, salaire et contrat, qui prime sur beaucoup d’accords locaux.
Le particulier employeur ne peut pas se contenter d’un accord verbal. L’article L.423-18 du Code de l’action sociale et des familles l’impose explicitement : un contrat écrit doit être signé pour chaque enfant accueilli, même si la même assistante garde plusieurs enfants de la même famille.
CDI ou CDD : quel type de contrat choisir ?
Dans l’immense majorité des cas, c’est un CDI qui s’applique — un contrat à durée indéterminée. Le CDD reste possible, mais seulement dans des situations précises : remplacement d’une assistante maternelle absente, accueil temporaire pendant les vacances scolaires, ou besoin ponctuel clairement défini. Utiliser un CDD pour contourner les contraintes du CDI est risqué : en cas de litige, un juge requalifie facilement le CDD en CDI, avec toutes les indemnités qui s’ensuivent.
💡 Notre conseil
Optez systématiquement pour le CDI dès que l’accueil est régulier et dépasse quelques semaines. C’est plus simple à gérer, et ça protège les deux parties.
Les mentions obligatoires du contrat
Ce que le document doit impérativement contenir
Un contrat de travail d’assistante maternelle ne peut pas se résumer à une feuille volante. Voici les mentions que la loi exige :
- Identité des parties : nom, prénom, adresse de l’employeur et de l’assistante maternelle salariée
- Date de début du contrat et, si applicable, date de fin (CDD)
- Lieu d’accueil : domicile de l’assistante maternelle agréée
- Identité de l’enfant accueilli (prénom, date de naissance)
- Durée hebdomadaire d’accueil et horaires habituels
- Rémunération : salaire horaire brut, indemnité d’entretien, indemnité de repas si applicable
- Durée de la période d’essai
- Délai de prévenance en cas de rupture du contrat
- Nombre de jours de congés payés et modalités de prise
Oublier l’une de ces mentions n’annule pas le contrat, mais fragilise l’employeur en cas de désaccord. L’URSSAF et les caisses d’allocations familiales peuvent aussi réclamer des justificatifs lors de contrôles.
Les horaires et la durée d’accueil : soyez précis
C’est souvent là que les problèmes commencent. Les horaires doivent être inscrits dans le contrat avec un niveau de précision suffisant : heure d’arrivée et de départ habituels, jours d’accueil, et ce qu’il se passe en cas d’horaires atypiques ou variables.
Si les horaires changent d’une semaine à l’autre, le contrat peut prévoir une amplitude horaire — par exemple « entre 7h30 et 18h30, selon planning remis chaque mois ». La durée mensuelle minimale garantie doit alors être précisée pour éviter que l’assistante maternelle soit sous-payée les mois creux.
⚠️ À garder en tête
Les heures complémentaires (au-delà des heures contractuelles) sont majorées de 10 % pour les 10 premières, puis de 25 % au-delà. Si les horaires réels dépassent régulièrement ceux du contrat, il faut faire un avenant — pas juste régler les heures au coup par coup.
La période d’essai et la rupture du contrat
Durée et règles de la période d’essai
La période d’essai est fixée à 1 mois pour une assistante maternelle en CDI. Pendant cette période, chacune des parties peut rompre le contrat sans indemnité, à condition de respecter un délai de prévenance.
Ce délai varie selon la durée de la période d’essai écoulée :
- Moins de 8 jours d’essai : 24 heures de prévenance
- Entre 8 jours et 1 mois : 48 heures
Passé ce mois d’essai, la rupture suit des règles plus strictes. L’employeur doit notifier un licenciement par lettre recommandée avec accusé de réception, respecter un préavis, et verser des indemnités si l’assistante maternelle a plus d’un an d’ancienneté.
Les cas de rupture après la période d’essai
Trois cas principaux permettent de mettre fin au contrat une fois la période d’essai passée :
- Licenciement : à l’initiative de l’employeur, pour motif réel et sérieux (réduction du besoin de garde, faute de l’assistante maternelle, etc.)
- Démission : à l’initiative de l’assistante maternelle, avec un préavis de 15 jours
- Rupture conventionnelle : accord mutuel, avec homologation par la DREETS et indemnité spécifique
✅ À retenir
En cas de retrait d’agrément de l’assistante maternelle, le contrat est automatiquement rompu. L’employeur n’a pas à engager de procédure de licenciement — mais des indemnités restent dues si l’ancienneté le justifie.
Rémunération, indemnités et déclaration à l’URSSAF
Calculer le salaire correctement
Le salaire horaire brut d’une assistante maternelle ne peut pas descendre en dessous d’un minimum fixé par la convention collective : 0,281 SMIC horaire brut par heure et par enfant accueilli. En 2024, ça représente environ 3,10 € brut de l’heure par enfant. Pour 45 heures par semaine avec deux enfants, la facture grimpe vite — et c’est normal, c’est un vrai salaire.
En plus du salaire, l’employeur verse :
- Une indemnité d’entretien pour couvrir les frais liés à l’accueil (couches, produits, jeux) : minimum 3,86 € par jour et par enfant en 2024
- Une indemnité de repas si l’assistante maternelle nourrit l’enfant
- Des congés payés représentant 10 % du salaire brut annuel
La déclaration via Pajemploi
L’ensemble de ces versements doit être déclaré chaque mois sur Pajemploi, le service URSSAF dédié aux particuliers employeurs d’assistantes maternelles. C’est Pajemploi qui calcule les cotisations sociales, les transmet aux organismes concernés, et permet à l’assistante maternelle de valider ses trimestres de retraite.
Négliger cette déclaration, même un seul mois, peut bloquer les droits au CMG (complément de mode de garde) versé par la CAF — une prestation qui peut atteindre plusieurs centaines d’euros par mois selon les revenus du foyer.
85 %
des familles utilisant une assistante maternelle bénéficient du CMG de la CAF — à condition de déclarer correctement via Pajemploi
Modifier le contrat : quand et comment faire un avenant
Le contrat de travail n’est pas gravé dans le marbre. Les horaires changent, l’enfant grandit, la famille déménage — autant de situations qui peuvent nécessiter un avenant. Toute modification substantielle (horaires, salaire, lieu d’accueil) doit faire l’objet d’un avenant signé par les deux parties, daté et joint au contrat initial.
Un avenant ne se fait pas à la légère. Si l’assistante maternelle refuse une modification importante — une hausse d’horaires de 10 heures par semaine, par exemple — l’employeur ne peut pas l’imposer unilatéralement. Ça s’appelle une modification du contrat de travail, pas une simple instruction de service.
| 📋 Modification mineure | 📝 Modification nécessitant un avenant |
|---|---|
| Ajustement ponctuel d’une heure de départ Fermeture exceptionnelle un jour férié Absence de l’enfant pour maladie |
Changement d’horaires hebdomadaires réguliers Modification du salaire ou des indemnités Ajout ou retrait d’un enfant accueilli Changement du lieu d’accueil |
Utiliser un modèle de contrat : les bons réflexes
Des modèles de contrat de travail pour assistante maternelle existent sur le site de la CAF, de Pajemploi, ou auprès des relais Petite Enfance (RPE). Ces modèles sont fiables, régulièrement mis à jour, et gratuits. Partir d’un modèle vierge trouvé sur un forum est une mauvaise idée : les clauses peuvent être obsolètes ou non conformes à la convention collective en vigueur.
Remplir le modèle demande quand même de la rigueur. Vérifiez que tous les champs sont complétés, que les chiffres sont cohérents (salaire horaire × nombre d’heures = salaire mensuel), et que les deux parties signent chaque page ou paraphent les renvois. Un contrat incomplet vaut parfois mieux qu’un contrat mal rempli — au moins, un juge peut s’appuyer sur les usages de la profession pour combler les lacunes.
💡 Notre conseil
Faites relire votre contrat par votre RPE local avant signature. Ce service est gratuit, disponible dans chaque département, et évite 90 % des erreurs classiques sur les horaires et les indemnités.

