Une Assistante Maternelle peut être licenciée par l’employeur particulier qui l’a recrutée — le plus souvent un parent employeur. Dans ce cas, elle a droit à une indemnité de licenciement, exactement comme n’importe quel salarié en CDI. Sauf que le régime qui s’applique n’est pas le Code du travail classique, mais la Convention collective nationale des assistants maternels du particulier employeur. Ce détail change tout au niveau du calcul.
Beaucoup de parents employeurs découvrent cette obligation au moment de la rupture du contrat, parfois dans l’urgence. Résultat : des erreurs de calcul, des litiges devant le conseil de prud’hommes, et une mauvaise surprise financière pour tout le monde. Voici ce qu’il faut savoir avant d’arriver là.
Conditions pour avoir droit à l’indemnité de licenciement
Ancienneté minimale requise
L’assistante maternelle doit justifier d’au moins 8 mois d’ancienneté chez le même employeur pour prétendre à l’indemnité de licenciement. En dessous de ce seuil, aucune compensation n’est due au titre du licenciement — attention toutefois à ne pas confondre avec l’indemnité compensatrice de préavis, qui obéit à d’autres règles.
Ce seuil de 8 mois est plus court que celui du droit commun (8 mois également depuis 2017), mais la méthode de calcul diffère. L’ancienneté se décompte à partir de la date d’embauche jusqu’à la fin du préavis effectué (ou sa date théorique si la dispense est accordée par l’employeur).
💡 Notre conseil
Si l’assistante maternelle a travaillé pour plusieurs enfants du même foyer à des périodes différentes, les durées peuvent se cumuler pour le calcul de l’ancienneté. Vérifiez bien les contrats successifs avant d’établir votre calcul.
Causes de licenciement ouvrant droit à l’indemnité
L’indemnité est due dans la grande majorité des situations de licenciement :
- Fin de besoin de garde (déménagement, changement de mode de garde, parent qui arrête de travailler)
- Mésentente ou perte de confiance sans faute grave
- Licenciement économique au sens large (difficultés financières du foyer)
- Inaptitude médicale de l’assistante maternelle
En revanche, la faute grave ou la faute lourde supprime le droit à l’indemnité de licenciement — mais ces qualifications sont souvent contestées en justice, donc mieux vaut ne pas s’y aventurer sans base solide.
⚙️ Comment calculer l’indemnité de licenciement
Le calcul repose sur deux éléments : le salaire de référence et l’ancienneté. Simple en théorie, un peu technique en pratique.
Le salaire de référence correspond au salaire mensuel brut moyen perçu sur les 12 derniers mois (ou sur la totalité de la période d’emploi si elle est inférieure à 12 mois). Attention : ce salaire inclut la rémunération des heures de présence responsable de nuit si elles ont été régulièrement effectuées. Il exclut les remboursements de frais comme l’indemnité d’entretien — sur ce point, consultez notre article sur l’Indemnité d’entretien assistante maternelle : montants et calcul pour ne pas confondre les deux.
1/4
de mois de salaire par année d’ancienneté (taux applicable pour les 10 premières années)
La formule officielle issue de la Convention collective :
- Pour les 10 premières années d’ancienneté : 1/4 de mois de salaire brut par année
- Au-delà de 10 ans : 1/3 de mois de salaire brut par année supplémentaire
Exemple concret : une assistante maternelle payée 1 200 € brut/mois avec 5 ans d’ancienneté percevra : 1 200 × (1/4) × 5 = 1 500 € bruts. Avec 12 ans d’ancienneté, le calcul devient : (1 200 × 1/4 × 10) + (1 200 × 1/3 × 2) = 3 000 + 800 = 3 800 € bruts.
✅ À retenir
Le montant de l’indemnité de licenciement ne peut jamais être inférieur à l’indemnité légale de licenciement du droit commun. Si la convention collective aboutit à un montant plus faible, c’est le plancher légal qui s’applique automatiquement.
Fiscalité de l’indemnité de licenciement
Bonne nouvelle côté fiscal : l’indemnité de licenciement bénéficie d’une exonération partielle, voire totale selon le montant. Voici comment ça fonctionne.
L’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement est entièrement exonérée d’impôt sur le revenu, dans la limite du plus élevé de ces trois plafonds :
- Le montant de l’indemnité légale ou conventionnelle elle-même (si elle ne dépasse pas ces plafonds)
- 2 fois la rémunération annuelle brute perçue l’année civile précédant le licenciement
- 50 % du montant total de l’indemnité perçue
Dans la pratique, pour la très grande majorité des assistantes maternelles, dont les montants d’indemnisation restent modestes au regard des plafonds fiscaux (qui atteignent actuellement environ 246 816 € pour 2024), la totalité de la somme perçue est exonérée. L’indemnité n’a donc pas à être déclarée aux impôts.
⚠️ À garder en tête
Les indemnités versées au-delà du montant légal ou conventionnel (par exemple suite à une transaction ou une décision prud’homale) peuvent être partiellement imposables. Dans ce cas, une consultation avec un conseiller fiscal ou un avocat en droit social s’impose avant de signer quoi que ce soit.
Côté cotisations sociales, le traitement est similaire : l’indemnité de licenciement est exonérée de cotisations dans la limite des mêmes plafonds. Si le montant dépasse deux fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, la fraction excédentaire est soumise à CSG et CRDS. Encore une fois, ce cas de figure est rarissime pour une assistante maternelle.
Démarches pratiques pour verser l’indemnité
Le versement se fait au moment de la remise du solde de tout compte, c’est-à-dire lors de la fin effective du contrat de travail. Le parent employeur doit réunir plusieurs documents :
Déterminer le salaire de référence (moyenne des 12 derniers mois) et appliquer la formule convention collective selon l’ancienneté exacte.
Y faire figurer l’indemnité de licenciement, l’indemnité compensatrice de congés payés non pris, et le cas échéant l’indemnité compensatrice de préavis si l’employeur dispense l’assistante maternelle d’effectuer son préavis.
Certificat de travail, attestation France Travail (ex-Pôle emploi), reçu pour solde de tout compte signé par les deux parties.
Pour la déclaration via le Cesu ou Pajemploi, la plateforme guide généralement le parent dans la saisie des éléments du solde de tout compte. Le montant de l’indemnité est à renseigner dans la case dédiée et n’est pas soumis aux mêmes cotisations que le salaire ordinaire — la plateforme le traite automatiquement si elle est correctement informée.
| 🗓️ Élément | 📋 Détail |
|---|---|
| Ancienneté minimale | 8 mois continus chez le même employeur |
| Taux années 1 à 10 | 1/4 de mois de salaire brut par année |
| Taux au-delà de 10 ans | 1/3 de mois de salaire brut par année supplémentaire |
| Fiscalité | Exonérée d’IR et de cotisations sociales (dans les limites légales) |
| Versement | Au moment du solde de tout compte, fin de préavis |
Questions fréquentes
Une assistante maternelle en CDD a-t-elle droit à l’indemnité de licenciement ?
Non. L’indemnité de licenciement concerne uniquement les contrats à durée indéterminée (CDI). Un CDD prend fin à son terme sans indemnité de licenciement. L’assistante maternelle peut en revanche percevoir une indemnité de fin de contrat (dite « prime de précarité ») égale à 10 % de la rémunération totale brute versée, sauf exceptions prévues par la convention collective.
Que se passe-t-il si le parent employeur oublie de verser l’indemnité de licenciement ?
L’assistante maternelle dispose de 3 ans pour saisir le conseil de prud’hommes et réclamer le paiement, avec des intérêts de retard. L’oubli ou le refus de versement constitue une faute de l’employeur. Dans ce cas, le juge peut allouer des dommages et intérêts supplémentaires si l’employeur a agi de mauvaise foi.
Comment est calculé le salaire de référence si l’assistante maternelle gardait plusieurs enfants ?
Le salaire de référence est la moyenne mensuelle brute de l’ensemble des rémunérations perçues chez le même employeur sur les 12 derniers mois précédant la notification du licenciement. Si plusieurs contrats coexistaient pour différents enfants du même foyer, tous les salaires versés par cet employeur s’additionnent pour former la base de calcul.
L’indemnité de licenciement doit-elle figurer sur le bulletin de salaire ?
Oui, l’indemnité de licenciement doit apparaître sur le dernier bulletin de salaire ou sur un document de solde de tout compte distinct, clairement identifiée. Elle y figure en général sur une ligne séparée, exonérée de cotisations sociales, ce qui la distingue visuellement du salaire brut ordinaire soumis à charges.
Quelle est la différence entre l’indemnité de licenciement et l’indemnité de rupture conventionnelle pour une assistante maternelle ?
La rupture conventionnelle n’est pas accessible aux assistantes maternelles employées par un particulier : ce dispositif est réservé aux employeurs soumis au Code du travail ordinaire. En cas de départ négocié, les parties peuvent conclure une transaction, mais l’indemnité transactionnelle doit être au moins égale à l’indemnité de licenciement conventionnelle pour être valide.


