Un contrat d’assistante maternelle se termine — et tout de suite surgit la même question : combien doit-on lui verser ? Entre l’indemnité de licenciement, l’indemnité compensatrice de congés payés et les règles spécifiques aux particuliers employeurs, le calcul est rarement intuitif. Pourtant, se tromper expose à des rappels de salaire, voire à des prud’hommes.
Les règles applicables aux Assistante Maternelle dépendent de la convention collective nationale qui leur est propre (CCN du 1er juillet 2004, révisée) et du Code du travail. Ces deux socles coexistent — et parfois divergent sur les montants. Mieux vaut les connaître avant de signer le dernier bulletin de paie.
Les situations qui ouvrent droit à une indemnité
Le licenciement : le cas le plus fréquent
Quand un parent employeur met fin au contrat, on parle de licenciement — même si la cause est une baisse d’activité, un déménagement ou la scolarisation de l’enfant. L’assistante maternelle perçoit alors une indemnité de licenciement à condition d’avoir au moins 8 mois d’ancienneté ininterrompue chez le même employeur (seuil fixé par la loi Travail de 2017).
Attention : si plusieurs enfants du même foyer sont gardés, chaque contrat est distinct. L’ancienneté se calcule contrat par contrat, pas globalement.
La rupture conventionnelle et la démission
La rupture conventionnelle est possible pour une assistante maternelle employée par un particulier. Elle ouvre droit à une indemnité au moins égale à l’indemnité légale de licenciement — les deux parties peuvent négocier un montant supérieur. La démission, elle, ne génère aucune indemnité de rupture. Seule l’indemnité compensatrice de congés payés reste due si des jours n’ont pas été pris.
⚠️ À garder en tête
La période d’essai exclut tout droit à indemnité de licenciement. Si le contrat est rompu durant cette phase initiale (généralement 3 mois renouvelables une fois), seul le préavis peut être dû selon les termes du contrat.
Comment calculer l’indemnité de licenciement
La formule légale de base
Le Code du travail fixe un plancher. L’indemnité légale de licenciement est égale à :
- 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les 10 premières années
- 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans
Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre : la moyenne des 12 derniers mois ou la moyenne des 3 derniers mois (en annualisant les primes et éléments variables).
Un exemple chiffré concret
Prenons une assistante maternelle avec 6 ans d’ancienneté et un salaire brut moyen de 1 200 € sur les 12 derniers mois.
1 800 €
indemnité brute dans cet exemple (6 × 1/4 × 1 200 €)
Calcul : 6 ans × (1/4 × 1 200 €) = 6 × 300 € = 1 800 € bruts. Cette somme est exonérée d’impôt sur le revenu dans la limite fixée par la loi (environ 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, soit plus de 90 000 € en 2024 — le plafond ne pose donc quasiment jamais problème pour ce type de contrat).
La convention collective peut être plus favorable
La CCN des assistantes maternelles prévoit dans certains cas des modalités différentes. Toujours comparer le résultat conventionnel au résultat légal et retenir le plus élevé — c’est une obligation. Pour une lecture exhaustive des règles applicables selon le motif de rupture, la ressource Fin de contrat assistante maternelle : indemnités, rupture et démarches pour employeurs et nounous détaille chaque scénario.
✅ À retenir
Comparez systématiquement le montant légal et le montant conventionnel. Appliquez le plus favorable à la salariée. En cas de doute, la DIRECCTE ou un syndicat patronal peut trancher gratuitement.
Les autres sommes à verser en fin de contrat
L’indemnité compensatrice de préavis
La durée du préavis dépend de l’ancienneté :
- Moins de 6 mois : préavis fixé par le contrat (souvent 15 jours à 1 mois)
- 6 mois à moins de 2 ans : 1 mois
- 2 ans et plus : 2 mois
Si l’employeur dispense la nounou d’effectuer son préavis, il doit lui verser une indemnité compensatrice équivalente aux salaires qu’elle aurait perçus pendant cette période, charges patronales comprises.
L’indemnité compensatrice de congés payés
Due dans tous les cas de rupture (y compris démission), elle couvre les jours de congés acquis et non pris. La formule classique : salaire brut annuel × jours non pris ÷ 30. Certains employeurs gèrent les congés via Pajemploi — dans ce cas, les congés peuvent avoir été provisionnés mois par mois (méthode des 10 %).
| Type de rupture | Indemnité de licenciement | Préavis | Congés payés non pris |
|---|---|---|---|
| Licenciement (≥ 8 mois) | ✅ Oui | ✅ Oui | ✅ Oui |
| Rupture conventionnelle | ✅ Oui (≥ légale) | ❌ Non | ✅ Oui |
| Démission | ❌ Non | ✅ Oui (sauf dispense) | ✅ Oui |
| Fin de période d’essai | ❌ Non | Selon contrat | ✅ Oui |
🎯 Les erreurs fréquentes des parents employeurs
Oublier les années incomplètes
L’ancienneté se calcule au prorata pour les années non entières. Une assistante maternelle avec 3 ans et 6 mois d’ancienneté ne perçoit pas l’indemnité de 3 années pleines — elle perçoit 3,5 fois le quart de son salaire de référence. Beaucoup de parents arrondissent à la baisse : c’est une erreur qui peut coûter cher en rattrapage.
Prendre le mauvais salaire de référence
Le salaire de référence inclut les indemnités d’entretien ? Non — elles sont exclues du calcul. Par contre, les heures supplémentaires habituelles et les congés payés versés mensuellement entrent bien dans la base. Gardez en tête que Pajemploi propose un simulateur en ligne qui intègre ces paramètres automatiquement.
Confondre salaire net et salaire brut
L’indemnité de licenciement se calcule sur le salaire brut. Elle est ensuite exonérée de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu (dans les limites légales, quasi jamais atteintes pour ce type d’emploi). Utiliser le net sous-estime systématiquement le montant dû.
💡 Notre conseil
Avant d’envoyer la lettre de licenciement, calculez le coût total de la rupture : indemnité + préavis + congés payés. Cela évite les mauvaises surprises budgétaires et permet de vérifier que le solde de tout compte est juste dès le départ.
Questions fréquentes
L’indemnité de fin de contrat d’une assistante maternelle est-elle imposable ?
L’indemnité de licenciement est exonérée d’impôt sur le revenu dans la limite du montant le plus élevé entre : le double de la rémunération annuelle brute ou la moitié de l’indemnité totale perçue, dans la limite de 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (environ 92 736 € en 2024). Pour les contrats d’assistantes maternelles, ce plafond n’est quasiment jamais dépassé — l’exonération est donc totale dans la grande majorité des cas.
Combien de temps a-t-on pour verser le solde de tout compte après la fin du contrat ?
Le solde de tout compte doit être remis à l’assistante maternelle au dernier jour du contrat, ou au plus tard à la fin du préavis. Il doit être accompagné d’un reçu pour solde de tout compte, du certificat de travail et de l’attestation Pôle emploi (France Travail). Tout retard peut entraîner des intérêts de retard au taux légal.
Une assistante maternelle licenciée peut-elle toucher le chômage ?
Oui, si elle remplit les conditions d’affiliation à France Travail (anciennement Pôle emploi) : avoir travaillé au moins 6 mois sur les 24 derniers mois. Le licenciement, la rupture conventionnelle et certaines démissions légitimes ouvrent droit à l’allocation chômage. L’employeur doit remettre une attestation France Travail à la fin du contrat pour permettre l’ouverture des droits.
Les indemnités d’entretien versées chaque mois entrent-elles dans le calcul de l’indemnité ?
Non. Les indemnités d’entretien (destinées à couvrir les frais liés à l’accueil de l’enfant : nourriture, couches, matériel) ne sont pas un élément de salaire. Elles ne sont pas soumises à cotisations sociales et ne rentrent pas dans la base de calcul de l’indemnité de licenciement. Seul le salaire brut proprement dit — heures normales et supplémentaires — sert de référence.
Que se passe-t-il si l’employeur a plusieurs enfants gardés par la même assistante maternelle ?
Chaque enfant fait l’objet d’un contrat de travail distinct. Si l’accueil d’un enfant prend fin (scolarisation, déménagement), seul le contrat correspondant est rompu. L’indemnité se calcule sur l’ancienneté et le salaire liés à ce contrat spécifique, pas sur l’ensemble des contrats conclus avec la même famille. Les autres contrats restent en vigueur.

