Une famille résilie le contrat du jour au lendemain. Un enfant change de mode de garde sans préavis. Et l’assistante maternelle se retrouve sans revenu, à se demander si elle peut prétendre au chômage. La question est loin d’être anecdotique : en France, on compte plus de 320 000 assistantes maternelles agréées, toutes salariées des parents employeurs — et pourtant leur situation face au chômage reste mal connue, même des professionnelles concernées.
Le régime est particulier. Ce n’est pas un CDI classique, pas un statut indépendant non plus. C’est un entre-deux qui génère beaucoup de confusion au moment de s’inscrire à France Travail. Voici ce qu’il faut savoir concrètement.
Un statut salarié, mais fragmenté
Plusieurs employeurs simultanés
L’assistante maternelle signe un contrat de travail avec chaque famille qui lui confie un enfant. En pratique, elle peut avoir deux, trois, voire quatre employeurs en même temps — chacun correspondant à un enfant gardé. Ce n’est pas un CDI unique avec une entreprise, mais une accumulation de contrats séparés.
Ce fonctionnement change tout en cas de rupture. Si une seule famille rompt le contrat, l’assistante maternelle ne perd pas tout son emploi — seulement une partie de ses heures et de son revenu. Elle reste salariée des autres familles. C’est là que les règles du chômage se compliquent.
Quand peut-on parler de « perte d’emploi » ?
France Travail (ex-Pôle Emploi) considère qu’une assistante maternelle peut s’inscrire comme demandeuse d’emploi dans plusieurs situations :
- La totalité de ses contrats sont rompus et elle n’a plus aucun enfant à garder.
- Elle perd une partie significative de ses contrats et subit une réduction importante de ses heures travaillées.
- Son agrément lui est retiré par le Conseil départemental, ce qui rend tout exercice de la profession impossible.
- Elle est licenciée par un ou plusieurs employeurs (pour motif réel et sérieux, ou faute).
Le cas le plus fréquent reste la perte progressive de contrats, souvent liée à des enfants qui entrent à l’école maternelle ou à des familles qui déménagent.
Les conditions pour toucher les allocations chômage
Le calcul des droits : l’affiliation
Pour ouvrir des droits à l’Assurance chômage, une Assistante Maternelle doit justifier d’une durée minimale de travail sur les 24 derniers mois (ou 36 mois pour les plus de 53 ans). Depuis la réforme de 2023, il faut avoir travaillé au moins 6 mois (soit environ 130 jours ou 910 heures) sur cette période de référence.
La difficulté ? Les heures sont calculées sur l’ensemble des contrats. Si une assistante maternelle a gardé un enfant 25 heures par semaine pendant 8 mois, puis un deuxième 20 heures par semaine pendant 4 mois, les heures s’additionnent. Le suivi de ces données passe souvent par le CESU ou Pajemploi, la plateforme administrative dédiée à ce secteur.
Le salaire journalier de référence : un calcul délicat
Le montant de l’allocation dépend du salaire journalier de référence (SJR), calculé à partir des salaires bruts perçus sur la période de référence. Pour une assistante maternelle, ces salaires incluent :
- Le salaire de base pour les heures de garde effectives.
- Les indemnités d’entretien (pour les repas, les couches, etc.).
- Les majorations éventuelles pour garde en horaires atypiques.
Attention : les indemnités d’entretien sont en principe exclues du calcul du salaire brut servant à l’assurance chômage. C’est un point que beaucoup de professionnelles ignorent, et qui peut réduire sensiblement le montant de l’allocation perçue.
Rupture conventionnelle ou démission : ça change tout
Si c’est l’assistante maternelle qui rompt le contrat (démission), elle perd en principe ses droits au chômage — sauf motif légitime reconnu (déménagement du conjoint, harcèlement, etc.). Si c’est la famille employeur qui rompt le contrat sans motif valable ou sans respecter le préavis, il y a licenciement. Dans ce cas, l’assistante maternelle peut prétendre à des indemnités de licenciement et ouvrir des droits au chômage.
La rupture conventionnelle est également possible dans ce secteur : les deux parties (assistante et parent employeur) signent d’un commun accord une rupture du CDI. Cette procédure ouvre droit aux allocations chômage, ce qui en fait une option appréciée quand la relation se termine à l’amiable.
Les démarches administratives pour s’inscrire
S’inscrire à France Travail
L’inscription se fait en ligne sur francetravail.fr dans les 12 mois suivant la fin du dernier contrat. Plus on attend, plus on perd des droits. La démarche prend une vingtaine de minutes, mais il faut avoir sous la main plusieurs documents :
- Les attestations employeur remises par chaque famille (document Pajemploi ou CESU).
- Le ou les contrats de travail et les lettres de rupture ou de licenciement.
- Un relevé de carrière ou un récapitulatif des heures travaillées.
- La pièce d’identité et le RIB.
Si Pajemploi est utilisé, la plateforme génère automatiquement les attestations employeur — un vrai gain de temps pour la partie administrative. Sans ces documents, l’instruction du dossier peut traîner plusieurs semaines.
Le conseiller France Travail et le suivi du dossier
Une fois inscrite, l’assistante maternelle est convoquée pour un entretien avec un conseiller. Ce rendez-vous sert à valider le projet professionnel : souhaite-t-elle retrouver un poste dans le même secteur, changer d’orientation, ou se former ? Le conseiller peut orienter vers des formations financées par le CPF ou France Compétences.
Le suivi mensuel est obligatoire : actualisation de la situation, déclaration des heures travaillées si des gardes partielles continuent. Une assistante maternelle qui garde encore un enfant partiellement peut cumuler allocation et salaire sous certaines conditions — c’est le dispositif d’activité réduite.
Et après : reprendre la profession ou changer de cap ?
Renouveler ou maintenir son agrément pendant la période de chômage
Perdre ses contrats ne signifie pas perdre son agrément. Ce document, délivré par le Conseil départemental, reste valide tant qu’il n’est pas retiré ou expiré. Si vous pensez reprendre la garde d’enfants, il vaut mieux le conserver. En revanche, si l’agrément arrive à expiration pendant la période de chômage, il faut anticiper le renouvellement — les délais peuvent dépasser six mois. Retrouvez les étapes détaillées dans cet article sur Renouveler son agrément d’assistante maternelle : la démarche.
Se reconvertir : les formations accessibles
Certaines assistantes maternelles profitent de la période de chômage pour se former. Les parcours les plus courants vers d’autres métiers de la petite enfance ou du soin :
- CAP Accompagnant Éducatif Petite Enfance (AEPE), pour travailler en crèche ou en école maternelle.
- Diplôme d’État d’Auxiliaire de Puériculture.
- Bilan de compétences financé par le CPF pour clarifier un projet de reconversion.
France Travail propose aussi des ateliers spécifiques pour les professionnelles de ce secteur dans certaines agences. Renseignez-vous localement : les offres varient beaucoup d’un département à l’autre.
Perdre son activité d’assistante maternelle est un vrai choc financier — d’autant que les revenus sont souvent calculés au plus juste, enfant par enfant. Mais les droits existent, et les démarches sont accessibles. L’essentiel : ne pas attendre, rassembler les attestations Pajemploi dès la rupture du premier contrat, et s’inscrire sans tarder.

