Quitter un emploi d’assistante maternelle n’est pas anodin. La relation avec les parents employeurs est encadrée par des règles spécifiques, différentes du droit commun du travail salarié classique. Rater une étape — le délai de préavis, la forme de la lettre, le mode d’envoi — peut coûter cher, financièrement et juridiquement.
Que vous souhaitiez démissionner pour changer de famille, arrêter le métier ou partir à la retraite, voici ce qu’il faut savoir avant d’envoyer quoi que ce soit.
Le cadre juridique de la démission d’une assistante maternelle
Un statut qui ne dépend pas du Code du travail classique
Une Assistante Maternelle n’est pas soumise au Code du travail ordinaire. Son contrat de travail relève de la Convention collective nationale des assistants maternels du particulier employeur, complétée par la loi du 27 juin 2005. Ce détail change beaucoup de choses : les règles de démission, les durées de préavis et les indemnités ne sont pas identiques à celles d’un CDI en entreprise.
Chaque famille qui emploie une assistante maternelle est un employeur distinct. Concrètement, si vous gardez trois enfants de trois familles différentes, vous avez trois contrats de travail et trois employeurs. Démissionner d’un seul contrat ne touche pas les deux autres.
Démission ou rupture conventionnelle : quelle différence ?
La démission est un acte unilatéral : vous décidez seul de mettre fin au contrat. La rupture conventionnelle, elle, suppose l’accord des deux parties. Pour une assistante maternelle, la rupture conventionnelle est possible mais reste rare en pratique — les parents employeurs préfèrent souvent le licenciement ou acceptent la démission telle quelle.
💡 Notre conseil
Si vous souhaitez percevoir des allocations chômage après votre départ, la démission simple ne vous y donnera généralement pas droit. Optez pour la rupture conventionnelle ou renseignez-vous auprès de France Travail sur les démissions dites « légitimes » (déménagement, suivi de conjoint, etc.).
⚠️ Le préavis : durée et modalités à respecter
Quelle durée de préavis s’applique ?
La durée du préavis dépend directement de votre ancienneté chez l’employeur concerné. La convention collective fixe les règles suivantes :
- Moins de 3 mois d’ancienneté : pas de préavis obligatoire (période d’essai)
- Entre 3 mois et 1 an : 15 jours de préavis
- Plus d’1 an : 1 mois de préavis
Ces délais courent à partir de la date de réception de votre lettre par l’employeur, pas à partir du jour où vous l’avez rédigée. L’envoi en recommandé avec accusé de réception est donc indispensable pour dater précisément le point de départ du préavis.
Peut-on ne pas effectuer le préavis ?
Oui, mais seulement si l’employeur l’accepte expressément ou s’il existe une faute grave de sa part. Partir sans respecter le délai expose l’assistante maternelle à devoir verser une indemnité compensatrice de préavis à l’employeur. Le montant correspond au salaire que vous auriez perçu pendant cette période.
⚠️ À garder en tête
Ne partez jamais sans donner de préavis au motif que « l’ambiance est mauvaise » ou que vous avez trouvé un autre poste. Sans accord écrit de l’employeur, vous risquez une action en justice pour non-respect du contrat.
Rédiger la lettre de démission
Les mentions obligatoires
Pas de formulaire officiel à remplir : la lettre de démission est libre dans sa forme. Elle doit malgré tout contenir certaines informations pour être valide et éviter tout litige :
- Vos coordonnées complètes (nom, prénom, adresse)
- Les coordonnées de l’employeur (nom, prénom, adresse)
- La date de rédaction
- La mention explicite de votre volonté de démissionner
- La date de début de préavis et la date de fin souhaitée
- Votre signature
La lettre doit être claire et sans ambiguïté. Un employeur qui reçoit un courrier trop vague peut contester la démission et considérer que vous avez abandonné votre poste — ce qui a des conséquences différentes.
Exemple de structure de lettre
Vos coordonnées en haut à gauche, celles de l’employeur en haut à droite, date sous votre nom.
« Lettre de démission » — simple, direct, sans fioritures.
« Je vous notifie par la présente ma démission du poste d’assistante maternelle que j’occupe à votre service depuis le [date]. Mon préavis de [durée] débutera à réception de ce courrier et prendra fin le [date estimée]. »
Formule sobre, signature manuscrite, envoi en recommandé AR.
Envoyer la lettre : recommandé obligatoire ?
La convention collective ne l’impose pas explicitement, mais le recommandé avec accusé de réception reste la seule preuve solide de la date de réception. Remettre la lettre en main propre contre décharge fonctionne aussi, à condition que l’employeur signe et date la décharge sur votre exemplaire.
✅ À retenir
Gardez toujours une copie de la lettre et le récépissé du recommandé. En cas de litige au conseil de prud’hommes, ce sont les premiers documents demandés.
Les indemnités après une démission
Ce à quoi vous avez droit (et ce que vous perdez)
La démission coupe l’accès à plusieurs droits. Voici le tableau de ce qui change :
| ✅ Ce que vous percevez | ❌ Ce que vous perdez |
|---|---|
| • Salaire jusqu’à la fin du préavis • Indemnité compensatrice de congés payés non pris • Solde de tout compte |
• Indemnité de licenciement • Allocations chômage (sauf démission légitime) • Indemnité conventionnelle de rupture |
L’indemnité compensatrice de congés payés est toujours due, quelle que soit la cause de la rupture. Si vous n’avez pas pris tous vos congés, l’employeur doit vous régler les jours restants dans le solde de tout compte.
La démission légitime : une exception importante
France Travail reconnaît certaines démissions comme « légitimes », ce qui ouvre droit aux allocations chômage. Les cas reconnus incluent notamment :
- Suivi d’un conjoint qui change de lieu de résidence pour raison professionnelle
- Mariage ou PACS entraînant un déménagement à plus de 50 km
- Démission pour créer ou reprendre une entreprise
- Harcèlement moral ou sexuel attesté par une procédure judiciaire
Dans ces situations, déposez votre dossier dès la fin du contrat. France Travail examine chaque situation au cas par cas.
Démission et agrément : un point souvent négligé
L’agrément reste valable après la démission
Démissionner d’un poste chez une famille n’annule pas votre agrément d’assistante maternelle. Celui-ci est accordé par le Conseil départemental et reste indépendant de votre situation professionnelle chez un employeur particulier. Vous pouvez très bien démissionner d’un contrat et continuer à travailler avec d’autres familles.
En revanche, si vous cessez complètement d’exercer pendant plusieurs années, votre agrément peut faire l’objet d’un examen de renouvellement. Pour tout savoir sur les délais et la procédure, consultez la page dédiée à Renouveler son agrément d’assistante maternelle : la démarche.
1 mois
durée de préavis pour une assistante maternelle avec plus d’un an d’ancienneté
🎯 Les erreurs fréquentes à éviter
Démissionner verbalement
Une démission orale n’a aucune valeur juridique solide. L’employeur peut prétendre ne pas l’avoir reçue, ou que vous l’avez rétractée ensuite. Toujours mettre par écrit.
Confondre préavis et délai de carence
Le préavis est la période pendant laquelle vous continuez à travailler (ou restez disponible). Ce n’est pas un délai pendant lequel vous pouvez « ne plus venir » tout en étant payé. Si vous n’assurez pas l’accueil de l’enfant pendant le préavis sans motif valable, l’employeur peut refuser de vous payer ces jours.
Oublier le solde de tout compte
À la fin du contrat, l’employeur doit vous remettre trois documents : le solde de tout compte, le certificat de travail, et l’attestation France Travail. Si vous ne les recevez pas dans un délai raisonnable, relancez par écrit. Ces documents sont indispensables pour vos démarches ultérieures.
« Une démission mal rédigée ou mal notifiée peut transformer un départ simple en conflit prud’homal qui dure des mois. »
— Pratique courante en conseil de prud’hommes
Prendre le temps de bien rédiger sa lettre, de respecter le préavis et de récupérer tous ses documents de fin de contrat évite 90 % des litiges. C’est quelques heures de travail qui peuvent éviter des mois de procédure.


